Le père Paddy O’Hare sm écrit de Dublin, en Irlande :
Le retour à la maison
Après 57 ans passés à l’étranger, je réside à nouveau en Irlande. Bien que j’apprécie d’être "chez moi", je trouve que c’est un endroit très différent de celui que j’ai quitté. Les amis sont moins nombreux ; beaucoup sont décédés et ceux qui restent sont souvent en mauvaise santé. Les conversations, elles aussi, ne sont pas familières, s’éloignant rarement du temps qu’il fait ou des nouvelles. Ma solution a été la même que celle qui m’a soutenue au Japon et en France : me faire de nouveaux amis, approfondir les liens avec mes confrères et dévorer les médias pour me tenir au courant des sujets et des événements locaux. Je me suis rendu compte qu’il est naturel de se sentir "différent". Nous ne pouvons pas simplement "redevenir Irlandais" comme nous l’étions auparavant ; nous sommes la somme de ce que nous avons appris, uniques et reconnaissants du voyage.
L’horizon japonais
Lorsque je suis arrivé au Japon en 1969, j’ai aimé ses nombreux aspects fascinants, mais pendant les premières années, j’ai très souvent regretté de ne pas avoir pu rendre visite à mes amis colombiens irlandais. Rétrospectivement, cela faisait partie du choc culturel. Malgré l’accueil chaleureux des Japonais et de mes confrères australiens, j’avais besoin d’une "zone de confort".
Ce besoin a évolué au bout de cinq ans environ. Au fur et à mesure que la langue devenait la mienne et que les paroissiens ouvraient leurs maisons, une percée plus profonde s’est produite : J’ai réalisé que je pouvais me sentir aussi à l’aise avec certains prêtres bouddhistes et leurs familles qu’avec ma propre communauté catholique. Cette interculturalité a changé ma façon de voir le monde. J’ai commencé à voir la nature - que je considérais comme acquise en Irlande - à travers le prisme japonais, où les saisons dictent l’art, la littérature et la vie quotidienne. Le silence et ses sons ont progressivement pris de la valeur. J’ai trouvé un nouveau sanctuaire dans la tranquillité des jardins des temples bouddhistes, m’asseyant souvent au bord des étangs à carpes pour préparer mes homélies du dimanche.
La leçon de "Wa" et "Hai"
Les 44 années que j’ai passées au Japon ont été un atelier permanent. Je me souviens avoir été très tôt ravie par les hochements de tête et les répétitions de "Hai, hai" (oui, oui) pendant les réunions. Je pensais que mes propositions étaient un triomphe, mais j’ai appris plus tard que "Hai" signifiait souvent "Je vous entends" plutôt que "Je suis d’accord".
J’ai également appris à apprécier Wa (Harmonie)le pilier de la société japonaise. Tous les aspects de la vie sociale et toutes les relations humaines sont régis par le "Wa". L’acceptation par le groupe est ce que chacun recherche. Les enfants et les jeunes sont particulièrement sensibles à cette valeur fondamentale. Préserver l’harmonie du groupe est d’une importance capitale. En tant que Maristes, nous avons pratiqué cela en travaillant avec sensibilité au sein du diocèse local, en veillant à ne pas apparaître comme une opposition. Par exemple, nous n’avons jamais essayé d’organiser des sessions pour promouvoir les vocations maristes, parce que le diocèse avait si peu de jeunes en formation. Nous avons consacré beaucoup d’attention au partage de la spiritualité mariste, allant même jusqu’à conduire des groupes de laïcs à trois reprises pour visiter les lieux d’origine mariste en France, mais nous nous sommes abstenus de former de véritables groupes de laïcs maristes. Je me demande encore si nous avons choisi la meilleure stratégie pour l'" Œuvre de Marie " à long terme.
Le ministère de la "traîne"
En 2013, j’ai déménagé à Toulon, en France. Commencer un ministère scolaire à l’âge de 74 ans était intimidant, mais j’ai découvert à quel point le "ministère de la flânerie" était important. ministère de "flânerie" était apprécié et accueilli. Cela m’a rappelé une douce réprimande que j’avais reçue des années auparavant au Japon. À l’âge de 40 ans, je travaillais dix heures par jour, fier de mon activité, jusqu’à ce qu’un paroissien me dise gentiment qu’il avait une question urgente mais qu’il était trop gêné pour interrompre mon "travail". Ce fut une profonde leçon de disponibilité. Dans les salles des professeurs de Toulon, j’ai souvent pratiqué la simple présence et l’écoute, un ministère bien plus facile à exercer à 80 ans qu’à 40 !
Un horizon de gratitude
Vers la fin de 2019, alors que la brume de Covid commençait à se dissiper, j’ai reçu une demande surprise de rejoindre l’équipe du noviciat et mon voyage s’est poursuivi dans les collines toscanes, vivant parmi de jeunes novices près des sites de Saint-François pendant un an, et enfin à Rome pour ces trois dernières années, accompagnant des prêtres étudiants à Monteverde. Vivre dans ces communautés internationales, toutes animées par l’exubérance de la jeunesse, a été une période de renouveau spirituel. Bien que nous soyons moins nombreux que par le passé, la vie mariste est florissante. L’espérance est partagée et l’enthousiasme pour la poursuite de l’œuvre de Marie est plus fort que jamais. Je suis profondément reconnaissant d’avoir reçu tant de choses dans la vie et d’avoir été honoré par l’amitié de tant de confrères et d’amis maristes tout au long du voyage.




